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 Jean Babilée, mort du « fou dansant »

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Petrus.m

Petrus.m


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Jean Babilée, mort du « fou dansant » Empty
MessageSujet: Jean Babilée, mort du « fou dansant »   Jean Babilée, mort du « fou dansant » Icon_minitimeVen 31 Jan - 10:50

Le Monde.fr | 31.01.2014 à 10h14 • Mis à jour le 31.01.2014 à 11h28 | Par Rosita Boisseau
Jean Babilée, mort du « fou dansant » 4357728_7_c98a_jean-babilee-et-elisabeth-platel-dans-le_ddfe80078391bf11e0902a8ad5eba40b  
Un sourire à tomber, un profil de beau gosse éternel, une verve de conteur. Légende de la danse, Jean Babilée est mort à 7 heures du matin, jeudi 30 janvier, à quatre jours de son 91ème anniversaire (il était né le 3 février 1923). Entré lundi à l'hôpital Cochin, à Paris, pour une fracture du col de fémur, il y est décédé de complications pulmonaires suite à la reprise fulgurante d'un cancer du poumon. Il y a tout juste un an, pour ses 90 ans, sa femme Zapo Babilée, rencontrée en 1981, l'avait emmené au Sénégal où ce grand voyageur ( il a arpenté l'Europe, l'Asie, l'Inde et les déserts d'Afrique du Nord ) avait fêté son anniversaire sous les manguiers.

LA LIBERTÉ EN BANDOULIÈRE

Toujours à moto jusqu'à l'âge de 85 ans, la liberté en bandoulière et une bienveillance immédiatement accordée à ceux qu'il rencontrait pour la première fois, Jean Babilée, qui reste pour toujours l'interprète du ballet Le Jeune Homme et la Mort, chorégraphié en 1946 par Roland Petit sur un argument de Jean Cocteau, était une star modeste comme le sont ceux qui décident de leur vie sans souci de faire carrière. Lorsqu'on le croisait, la sensation de voir un mythe vivant descendre de son piédestal, était vite télescopée par l'extrême simplicité de cet homme de plain-pied dans le quotidien sans se satisfaire de ses hauts faits passés. Celui qui disait « qu'il montait sur un plateau non pour se montrer mais pour s'isoler » s'était construit un parcours de haute volée, librement sculpté autour de son talent infini et de son appétit pour la vie.

Jean Babilée, de son vrai nom Jean Gutman, est né à Paris le 3 février 1923. Babilée, qu'il choisira comme nom de scène et officialisera pour se marier avec Zapo en 2000, est celui de sa mère. En 1936, il commence ses apprentissages à l'Ecole de danse de l'Opéra de Paris avant d'intégrer quatre ans plus tard les Ballets de Cannes. De retour dans la capitale, la guerre l'en éloigne de nouveau en 1944 et casse la ligne droite d'une carrière de danseur à l'Opéra comme Babilée aurait pu en rêver. Il décide de rejoindre le maquis et la résistance près de Tours. Très bon tireur, il participe à des opérations-commandos.

DE LA RÉSISTANCE À LA BARRE

Lorsqu'il revient à Paris en 1945, il a 22 ans. « Je venais de vivre beaucoup d'émotions, confiait-il en 2010. Je dormais dans les bois près de Tours avec la mitraillette serrée près de moi. Lorsque j'ai entendu que Paris était libéré, je suis monté en stop à Paris. Je me suis précipité dans un studio de danse de la rue de Douai et j'ai regardé les danseurs en train de faire des entrechats six. J'avais passé des mois dans la forêt, je n'avais jamais eu peur, je trouvais ça normal d'être dans la résistance. C'était la vie. J'ai toujours été heureux d'être né en 1923. »

Dès son retour, Jean Babilée se remet à la barre. Naît en 1945 le ballet Jeux de cartes, avec Janine Charrat, puis un an après, au sein des Ballets des Champs-Elysées où il dansera de 1945 à 1949, Le Jeune homme et la Mort, avec Nathalie Philippart, dont il a une fille Isabelle. Ce duo, qui l'a accompagné toute sa vie et interprété plus de deux cents fois entre 1946 et 1968, le fait grimper au rang des étoiles. Ce ballet qui fit crier à l'époque pour son réalisme presque cru – Babilée fumait, portait une montre-bracelet – est devenue une œuvre immortelle. Régulièrement à l'affiche depuis sa création, elle résulte d'un travail en complicité avec Roland Petit sur une idée de Jean Cocteau. « Jean m'avait invité au restaurant, place de l'Alma, racontait Babilée. Il me dit qu'il voulait, comme Michel Fokine avait chorégraphié Le Spectre de la rose pour Nijinski, me faire mon Spectre à moi. »

UN ÉCLAT SUBTIL ET MAT

Ce sera Le Jeune Homme, ce pas de deux somptueux, amoureux et mortifère qui finit par le suicide du personnage principal. « Le jeune homme, c'était moi. Tout était d'une extrême facilité. J'avais un corps qui faisait exactement tout ce que je désirais, une énergie qui obéissait à mes envies et la musique. C'était ma vie que je dansais. » Un don infini, une extrême facilité entretenue avec rigueur. La griffe Babilée a marqué les plateaux de tous les styles. Car ce tempérament aiguisé et aventureux, désiré par tous les chorégraphes et metteurs en scène, a su et aimé se propulser vers d'autres horizons que la danse classique.

Il enchaîne nombre de collaborations, avec le Ballet de l'Opéra de Paris, la Scala de Milan. Il fonde sa propre troupe en 1956, fait du cinéma avec, entre autres, Georges Franju, puis dans les années 1970 avec Jacques Rivette mais aussi du théâtre avec Raymond Rouleau et Jean Genêt. Il dirige un temps le Ballet du Rhin entre 1972 et 1973. En 1979, Life, chorégraphié par son ami Maurice Béjart est un succès et tourne jusqu'en 1985. Gourmand, libre avant tout, Jean Babilée se risque aussi dans des créations contemporaines comme L et eux…la nuit (1989) chorégraphié par François Verret. En 2003, il participait – et ce sera sa dernière apparition sur scène - au spectacle Il n'y a plus de firmament, mis en scène par Josej Nadj. Souvenir de cet homme droit à la silhouette graphique en chemise blanche et pantalon noir posé comme un hiéroglyphe sur le plateau. Babilée s'inscrivait dans l'espace quoi qu'il fasse, d'un éclat subtil et mat, qui poinçonnait la mémoire.

SON CHAT SUR SA MOTO

Des innombrables créations réalisées avec le Gotha de la scène, Jean Babilée aimait extraire le ballet Mario e il mago, spécialement imaginé et mis en scène pour lui par Luchino Visconti en 1956, à la Scala de Milan. Sur une nouvelle de Thomas Mann, dans une chorégraphie de Léonide Massine, Babilée conservait de cette œuvre forte et magique un souvenir inoubliable qui représentait pour lui une « perfection de production ». Il retravailla avec Visconti un an plus tard, dans une pièce intitulée Maratona di danza, créée à Berlin, sur le thème des marathons de danse.

Dans son minuscule appartement de la rue du Bac, à côté de son chat qu'il baladait avec lui sur sa moto et de sa barre de danseur qu'il accrochait à un lit, Jean Babilée recevait ses invités avec la bienveillance classe et souriante d'un seigneur qui a tout connu. Depuis quelques années, Zapo lui avait glissé un pense-bête sur son téléphone portable avec les dates et autres précisions chronologiques de sa carrière et de sa vie pour immédiatement s'y référer en cas de flou. Il n'en avait que rarement, plongeant dans ses souvenirs pour en revenir avec des brassées d'images et de sensations fraîches qu'il restituait en conteur.

« SI J'AVAIS SU, À L'ÉPOQUE... »

Babilée avait la voix, belle et grave, de celui qui connaît son outil, en use mais n'en abuse pas. Il possédait aussi ce goût de la langue et du mot juste, mixant vocabulaire recherché et populaire, avec une gouaille légère. Il évoquait aussi facilement « la bonne bouille » d'un adolescent que « l'inexorable qui est sans importance ». Lorsqu'il se confiait sur les différents moments de sa vie, il tenait en haleine et distillait un véritable plaisir pour celui qui l'écoutait tant du point de vue des anecdotes, des commentaires dont il les sertissait que de sa façon de le mettre en mots.

Dans le livre Jean Babilée ou la danse buissonnière que sa sœur Sarah Clair lui a consacré en 1995, Jean Babilée raconte en souriant : « Dès l'adolescence je me suis trouvé laid, je n'aimais pas mon visage et je n'avais aucune idée de mon apparence réelle. Je me suis revu dans des films où j'avais 22 ans. Si j'avais su à l'époque que j'étais comme ça ! j'aurais agi autrement. Vraiment, je me suis trouvé beau…Mais en définitive, c'est heureux que je ne l'ai pas su… ». Tout Babilée dans un sourire.
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